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Une stratégie singulière : Comment la Suède gère-t-elle le COVID-19?

Alors que de nombreux pays font face aux défis du COVID-19 et combattent le virus de la meilleure façon possible, chacun à sa manière et en fonction de la situation, la stratégie de la Suède est assez singulière. Elle diffère de celle employée par de nombreux autres pays, même de ses voisins scandinaves. Elle se caractérise par des mesures relativement peu contraignantes, le suivi volontaire plutôt que forcé des consignes et un rôle prépondérant pour l’expertise (surtout l’Agence de Santé publique) par rapport au politique dans le choix de mesures et leur timing. Son objectif est de réduire autant que possible la vitesse de propagation du virus, pour éviter que le système hospitalier ne soit dépassé, plutôt que de couper court à toute transmission nécessairement.

Bien entendu, nous ne savons pas encore si la stratégie suédoise aura du succès, si elle sera maintenue ou subira des modifications plus ou moins importantes. Il y a un débat intense en Suède, comme ailleurs, sur les mesures à prendre. Certain trouvent que la Suède aurait besoin d’une approche plus forte, d’autres s’y opposent en soulignant que les mesures ne doivent pas être trop contraignantes étant donné que la crise risque de durer longtemps. Pour autant le gouvernement et l’Agence de santé publique, n’ont exclu aucune mesure à priori si elle s’avère nécessaire.

Voici quelques informations sur la situation en Suède et sur ce que la Suède fait pour gérer le COVID-19.

 

État de lieu sur la transmission et les tests

Le premier cas du Corona virus a été découvert en Suède le 31 janvier, il s’agissait d’une femme qui avait séjourné à Wuhan en Chine. Un mois plus tard, une deuxième personne a été testée positive, suivie par d’autres cas qui avaient tous en commun d’avoir été infectée pendant leurs vacances de ski dans les Alpes italiennes et autrichiennes. Deux autres cas sont venus de l’Iran. Le 10 mars, l'Agence de santé publique, a estimé que le risque des infections était devenu "très élevé" : à ce stade le virus se propageait au sein du pays et qu’il ne s’agissait plus uniquement de cas provenant de l’étranger.

Le 3 avril, l'Agence de santé publique comptait 6078 cas confirmés de Corona virus. En soins intensifs, on compte 469 personnes, dont 117 femmes et 352 hommes. 333 personnes sont décédées jusqu'à présent en Suède. A ce jour seules les personnes âgées et le personnel médical présentant des symptômes sont testées. Jusqu'à présent, 36 000 personnes ont été testées pour le coronavirus.  Il est espéré que d'ici deux semaines les autorités seront en mesure de tester entre 20 000 et 30 000 des personnes par semaine. 

Interdiction de rassemblements et autres mesures

Le 11 mars, le gouvernement a interdit des rassemblements de plus de 500 personnes. Depuis le 29 mars, cette interdiction s’applique dorénavant aux rassemblements de plus de 50 personnes.

Suite à l’appel du Conseil européen et de la Commission européenne, le 17 mars, le gouvernement suédois, comme les autres pays membres de l’UE, a temporairement interdit les arrivées des personnes étrangères en dehors des pays de l'Espace économique européen et de la Suisse. (Il y a des exceptions pour les personnes étrangères qui habitent en Suède). Le gouvernement a encouragé les gens à ne pas voyager entre les villes en Suède. Depuis le 1 avril il est interdit de rendre visite aux personnes âgées dans les maisons de retraite. 

Pas de confinement

Bien qu'il n'y ait pas de règles de confinement, la plupart des gens ont choisi de travailler à domicile. Le gouvernement encourage tout le monde à rester chez eux autant que possible, en particulier ceux qui font partis de groupes à risque. La recommandation la plus importante est celle-ci :  si vous présentez des symptômes, restez chez vous. À Stockholm, la région la plus touchée, il est conseillé à tous de travailler de la maison, dans la mesure du possible, même en absence de symptôme.

Les écoles restent ouvertes

Concernant l’enseignement, les crèches et les collèges restent ouverts, alors que les lycées et les universités ont été fermés par décision du gouvernement le 17 mars.  Le Danemark et la Norvège ont fermé tout leur système éducatif une semaine entière avant que la Suède ne ferme uniquement l’enseignement supérieur et secondaire (même si ces derniers poursuivent les cours à distance).

Pourquoi la Suède a-t-elle agi de la sorte ?

La raison principale est que cela aurait obligé beaucoup de parents, et notamment une grande partie du corps médical dont les hôpitaux ont précieusement besoin, de rester à la maison. Le risque que des familles aient recours aux grands-parents, les plus vulnérables au virus, pour garder les enfants, a également été pris en compte. Finalement, l’Agence de santé publique, ainsi que d’autres experts, ont douté dans l’efficacité d’une telle mesure faute pas de preuve scientifique que la fermeture des écoles diminue véritablement la propagation du virus au sein de la société ; cela n’a pas été démontré dans des études d’épidémies historiques.

En revanche, il a été jugé prudent de fermer universités et lycées car ces institutions auraient pu devenir des foyers de transmission sachant que les étudiants sont dispersés sur une zone géographique bien plus importante que les élèves de la petite école du quartier.

Les restaurants et les cafés sont toujours ouverts au public même si certaines mesures ont été prises pour leur permettre d'éviter la propagation de la COVID-19. Ces établissements ont été dispensés du besoin de permis pour avoir un service en plein air, ce qui a fait que beaucoup de restaurants servent leurs clients à l’extérieur. En plus, le service à table est devenu obligatoire. Même si les restaurants sont toujours ouverts, ils ont très peu de clients...

Responsabilité individuelle et confiance vis-à-vis des autorités

Dans un article du 24 mars, le Ministre de la défense, Peter Hultqvist, a souligné l'importance de prendre conscience qu’il y ait beaucoup de fausses nouvelles qui circulent à propos de COVID-19 au niveau local, national et international. Dans cette situation de crise, il a fait valoir l’importance d’être critique vis-à-vis de l’information reçue et de réfléchir avant de retransmettre des informations qui pourraient être fausses. Ceux qui sont à l’origine de fausses nouvelles cherchent à créer de l’incertitude et un sentiment de peur dans la société contre lequel il faut rester vigilant.

Ce qui ressort de la stratégie de gestion du COVID-19, est la volonté du gouvernement suédois de faire confiance aux experts reconnus. La plupart des décisions proviennent directement de l'Agence de santé publique, qui jouit d'une grande indépendance. Son directeur général et ses épidémiologistes sont très présents dans l'actualité médiatique, en plus de ses conférences de presse quotidiennes, l’Agence est constamment invitée aux studios de télévision et de radio pour répondre aux questions de journalistes et de gens ordinaires. Son rôle pédagogique est très important, non seulement en conseillant les gens sur les comportements à suivre, mais aussi en informant continuellement la population sur les décisions prises et les résultats.

Il est clair que la Suède par sa gestion de cette crise accorde une grande confiance à la responsabilité individuelle. Les suédois ont pu garder la liberté de ne pas être en confinement, par conséquent ils doivent redoubler dans leur sens de responsabilité face à cette liberté.  A titre d’exemple, à l’approche des vacances de Pâques les autorités ont conseillé à la population de ne pas se déplacer sauf si nécessaire. Un sondage réalisé le 31 mars montre que près de 50% ont déjà annulé leurs vacances en Suède pour Pâques.

On peut en conclure que beaucoup de suédois trouvent important de suivre les consignes d'en haut, même si celles-ci n'ont la la force de loi. Jusque-là, la confiance vis-à-vis des autorités, ciment de l’État providence suédois, demeure élevée dans la situation de crise actuelle.

Dernière mise à jour 03 avr. 2020, 17.22