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Gardez la tête froide face à la pandémie de désinformation

25 mars 2020

Tribune du ministre de la Défense suédois, Peter Hultqvist, publiée dans le journal Aftonbladet le 24 mars 2020

Une pandémie de désinformation consciente et claire a cours depuis l'apparition du Coronavirus. L'objectif est, bien sûr, de saper, d'induire en erreur et de provoquer des doutes sur les décisions prises par le gouvernement et les autorités. La situation de crise ouvre à différentes forces la possibilité de jouer avec la peur et l'inquiétude des gens. Et ces forces n'hésitent pas.

Les fausses nouvelles et les allégations peuvent être intégrées dans des articles qui contiennent des informations parfaitement exactes. La vérité et les mensonges sont mélangés et il peut être difficile de faire le tri. Des angles d'attaque bien calculés sont utilisés dans les titres et les préambules non pas pour susciter de l'intérêt, mais pour lancer un certain type d'opinion. On aime jouer avec ce qui crée de la méfiance et du pessimisme quant à la capacité de la société à gérer la crise.

Insérer de manière sophistiquée, des messages directs ou indirects selon lesquels le gouvernement et les autorités agissent selon un agenda caché fait partie de cette stratégie. Par exemple, un site d'extrême droite suédois tente actuellement de diffuser la déclaration suivante dans un article qui traite d'autres questions liées à la crise du Coronavirus.

« Un responsable de groupe de la défense intérieure affirme en même temps que des préparatifs sont en cours en vue d'une éventuelle décision de placer Stockholm en quarantaine, ce que la police ne pourrait vraisemblablement pas faire toute seule ».

Aucun projet de ce genre n'est en cours. Aucun ordre de ce type n'a été délivré aux unités de défense intérieure. On peut s'interroger sur le but de la diffusion de ce type d'affirmations provenant de sources qu'il est impossible de vérifier. Il ne peut s'agir que de deux choses. Diffuser l'image qu'une sorte de mystérieux projet est en cours dans le dos du citoyen et contribuer consciemment à l'inquiétude et à la méfiance.

Nous sommes face à une guerre internationale de l'information. Malheureusement, de fausses allégations telles que « Stockholm est en quarantaine » en font partie. Dans l'ensemble, il s'agit de savoir d'où vient le virus, qui est responsable de la pandémie et qui est passible de poursuites et qui est faible. Le combat se déroule dans différents types de médias, dont font partie les réseaux sociaux.

Même si la Suède n'est pas la cible principale dans ce conflit, les développements dans notre pays sont commentés. Dans un site russophone d'Azerbaïdjan, la Suède est considérée comme un pays qui a abandonné la lutte contre le virus. Il est dit que « des chercheurs suédois affirment que le virus est inoffensif » ce qui est une allégation totalement dépourvue de fondement.

L'agence russe RIA Novosti met en doute la capacité de la Suède à faire face à l'extension du virus et dans le Global Times chinois, la Suède est comme un « trou noir qui a capitulé devant le virus et qui doit être condamné par l'UE ». Les sites d'extrême-droite en Suède se sont dépêchés de suivre le mouvement. C'est ainsi que se déroule cette guerre de l'information dans laquelle les États-Unis sont accusés de faire dans des laboratoires spécifiques en Ukraine, au Kazakhstan et en Géorgie des recherches qui constitueraient une source suspecte. Cette campagne est d'ailleurs similaire à l'ancienne opération du KGB et de la Stasi selon laquelle les laboratoires américains étaient à l'origine de l'infection par le VIH.

Dans la guerre de l'information, l'important n'est pas d'avoir toujours raison. Mais le but est de diffuser des informations qui rendent difficile de prendre position. La quantité d'informations et les théories du complot ont pour objectif d'écarter les données exactes. Petit à petit, l'attention se déplace des marchés animaliers chinois où tout a commencé selon les experts internationaux vers d'autres événements complètement différents et conspirateurs. Nous avons également vu des actions similaires, par exemple dans le cadre de l'attaque au poison à Salisbury, en Angleterre, où la Suède et d'autres pays ont été désignés comme sources présumées du poison. Evidemment une allégation dénuée de tout fondement.

Dans des périodes comme celle que nous traversons, il est important de garder la tête froide, de remettre en question la finalité de différents types de prétendues informations et de se demander à qui elles profitent. Mais il est aussi important de ne pas diffuser les rumeurs et ce qui peut être de la désinformation.

Le gouvernement fonde ses décisions sur la base très solide que constituent l'Agence de la santé publique et d'autres experts. Il s'agit de maintenir un équilibre : ce qui est étayé par la science et la connaissance doit passer avant l'alarmisme.

Peter Hultqvist
Ministre de la défense

Dernière mise à jour 25 mars 2020, 21.04