Birgitta Holst-Alani : Le rôle important des femmes dans les processus de paix

11 mars 2018

Birgitta Holst Alani, diplomate et médiatrice pour la paix, est venue à Paris le 6 mars 2018 pour participer à un séminaire sur l'égalité des genres à l'ambassade du Canada avec l'ambassadrice Veronika Wand-Danielsson et des représentantes d'associations de femmes. Elle a également rendu visite à l'ambassade de Suède pour s’entretenir avec le personnel sur les femmes dans les processus de paix.

Birgitta Holst Alani, diplomate et médiatrice pour la paix, est venue à Paris le 6 mars 2018 pour participer à un séminaire sur l'égalité des genres à l'ambassade du Canada avec l'ambassadrice Veronika Wand-Danielsson et des représentantes d'associations de femmes. Elle a également rendu visite à l'ambassade de Suède pour s’entretenir avec le personnel sur les femmes dans les processus de paix.

Pourquoi est-il important d'impliquer les femmes dans les processus de paix ? Comment la participation des femmes affecte-t-elle la consolidation de la paix ?

-          Il est important d'intégrer les femmes dans les processus de paix parce qu’elles sont concernées par ce travail. Les femmes doivent pouvoir avoir leur mot à dire sur leur vie future dans le pays où elles vont vivre. C'est aussi un problème de démocratie ; la moitié des gens ne sont pas représentés si les femmes ne sont pas impliquées.

Ce matin, lors de la réunion avec le personnel, vous avez dit que les hommes pourraient voir cela comme une façon d’épargner les femmes de la « politique sale ».

-          C’est souvent présenté comme cela.

Comment fonctionne le réseau de médiation féminin ?

-          L’Académie Folke Bernadotte (FBA) a la responsabilité opérationnelle du réseau de médiation féminine. Le ministre des affaires étrangères nomme les membres et le réseau suédois fait partie du réseau des femmes nordiques. Une fois par an nous rencontrons les autres membres du réseau nordique.

Le caractère primaire de ce réseau de médiation n'est pas l’arbitrage ou la médiation ; par exemple, si on me demande d'aller quelque part, ce n'est pas pour une question de médiation mais d'éducation ou bien pour prononcer un discours. Etant donné que le réseau n’a que deux ans d’existence, nous avons surtout fait jusqu’à présent de nombreuses présentations du réseau. Il est important que les gens entendent parler de nous parce que cela fait partie de la politique étrangère féministe. Il s'agit également d’apprendre à d'autres pays ; par exemple, j'ai une collègue qui travaille beaucoup en Afghanistan où elle a formé un grand nombre de femmes pour devenir de bonnes médiatrices. Espérons qu'elles pourront à leur tour former d'autres femmes, et cela donnera naissance à une « formation de formateurs » qui se propagera.

Quelle est votre expérience la plus importante en tant que médiatrice sur la façon de construire une paix durable ?

-          Quand vous dites « médiatrice », il ne s’agit pas d’une seule personne, on fait référence à toute une équipe derrière. Ce peut être des experts, des avocats, des politologues, des linguistes ou encore des personnes qui ont une expérience de la région concernée. Naturellement la façon dont la négociatrice en chef s’acquitte de sa mission est essentielle. Il existe différentes théories sur la meilleure méthode, on peut aller vite ou lentement.

Les cycles de négociations ne sont que le sommet de l'iceberg. Il peut se passer des mois entre les cycles, et entretemps la négociatrice en chef rencontre les représentants de haut niveau des différents pays. Il est important que les travaux préparatoires se fassent correctement, afin que du côté de la délégation on ne pense pas que l’on a négligé quelqu’un.

Dans un conflit tel que le conflit syrien, beaucoup d'émotions sont ressenties. Si une partie estime que l'autre a reçu plus d'attention ou de soutien qu’elle, cela peut vraiment déraper. Donc l'ONU, qui se trouve entre les deux parties, doit être impartial. C'est difficile si en plus vous avez une délégation qui ne veut pas du tout négocier, mais plutôt faire trainer le processus. Mais même si on ne peut pas satisfaire les deux côtés, on peut peut-être quand même faire quelque chose pour les deux.

S’agissant des femmes et du rôle des femmes dans les processus de paix, le développement est très intéressant à suivre. Au départ elles éprouvent de l’incertitude vis-à-vis des autres femmes du groupe, parce qu'elles ne se connaissent pas, et puis elles finissent par se faire confiance.

On peut communiquer même entre les cycles de négociations, et on peut passer à l’action et rédiger des documents en commun sur des questions difficiles sur lesquelles on peut avoir des positions très différentes.

Vous avez mentionné plus tôt que c'est un avantage d'être une femme dans le processus de médiation, car vous pouvez « accéder » à la fois aux femmes et aux hommes lorsque vous travaillez au Moyen-Orient. Pensez-vous qu'il y ait plus de résistance dans vos entretiens avec les hommes, en amont de votre action ?

-          J'ai appris qu'il est préférable de ne pas parler de la libération ou l'autonomisation des femmes, car les hommes pensent immédiatement que leurs filles vont sortir le soir et s’émanciper de leurs parents, que les femmes devraient travailler, et que les hommes n'auront rien à dire. Que cela devient simplement un transfert de pouvoir en leur défaveur. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il est préférable de parler en d'autres termes. On peut parler d’économie sans parler des femmes, d’accueil de l’enfance, même si tout le monde comprend de quoi il s'agit. Il faut être prudent.

Diriez-vous que ce qui est le plus difficile à faire est de garder l’équilibre ?

Oui, on peut dire cela. Je ne sais pas si le lieu où l’on se trouve a vraiment de l’importance.  Nous disons souvent qu’il est plus facile de parler dans des environnements plus libéraux, mais en même temps il y a des musulmanes qui sont féministes. Il est passionnant de les entendre dire combien elles ressentent plus de soutien pour leur lutte dans les textes du Coran que dans l'interprétation des textes faite il y a 1 400 ans, par des hommes bien sûr.

 

 

Désormais les femmes trouvent dans les versets du Coran qu’elles interprètent différemment une aide à leur féminisme. Il y a des pratiques et des concepts dans le texte sacré comme la tutelle, mais c'est quelque chose qui doit être remplacé en fonction de la pensée de 2018. On ne peut pas rester au septième siècle.

A interpréter littéralement ?

Non. C’est ce que l’on faisait à l’époque. C’était la même chose avec la Bible. On interprétait en fonction du contexte du moment. Mais maintenant nous sommes dans un autre contexte, c’est pourquoi nous devons réformer et moderniser. Les interprétations doivent suivre le rythme des développements.


Anahita Nicoobayan Shiri

Biographie de Birgitta Holst Alani

Née le 3 août 1947

Birgitta est diplomate. Au ministère suédois des affaires étrangères elle a travaillé sur les questions de désarmement et de non-prolifération (1993-1998). Elle a ensuite été nommée conseillère auprès de la Mission d’assistance des Nations unies en en Irak. De 2010 à 2014 elle a dirigé l’Institut suédois d'Alexandrie (2010-2014). Elle a également été conseillère auprès de l'envoyé spécial des Nations Unies en Syrie où elle s’est plus particulièrement impliquée dans l’inclusion des femmes dans les processus de paix (2015-2016). Aujourd'hui, elle est membre du réseau de médiation de l'Académie Folke Bernadotte.  

Dernière mise à jour 13 mars 2018, 14.30